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21 mai 2009 4 21 /05 /mai /2009 05:15

  Fougère-aigle commune

La photo m'a été gracieusement offerte par Pierre-Etienne VACHON, qui travaille sur les milieux naturels.

La fougère-aigle

(Pteridium aquilinum)

 

 

La Fougère aigle est aussi appelée Grande fougère ou fougère commune.

Elle est très commune et cosmopolite (espèce qui a une répartition mondiale).

 

« Pteridium aquilinum » vient du latin pteris, fougère, et de pteron, aile et aquila pour aigle. En effet, si l'on arrache la grande feuille développée, qui forme à elle seule ce qu'on appelle ordinairement une fougère (la crosse), et qu'on coupe la base brune et noirâtre de cette feuille, on remarque, sur la section, l'apparence d'un aigle à deux têtes; d'où le nom de Fougère-aigle.

 

DESCRIPTION :

 

La fougère aigle possède un rhizome noir, fibreux et ramifié, rampant profondément sous le sol (30 à 40 cm), qui peut devenir très grand (jusqu'à 50 m) et très vieux (jusqu'à 1000 ans).

Il lui permet de coloniser rapidement son milieu.

 

À partir de ces rhizomes naissent à chaque printemps des frondes de très grande taille (jusqu'à plus de 3 m de long et des rameaux de 1 cm de diamètre) non persistantes l'hiver. Elles sont de forme triangulaire caractéristique et ont tendance à se courber parallèlement au sol. Elles possèdent un pétiole très long et épais pouvant atteindre 1 à 1,5 m de long.

 

HABITAT :

 

Elle se développe en pleine lumière ou zone semi ombragées, souvent sur des sols pierreux ou sableux et toujours acide et assez profond. Elle est indifférente à l'humidité du sol.

En France, sa préférence pour les hivers doux, explique sa grande répartition sur le domaine atlantique. Néanmoins, elle est cosmopolite et on la trouve dans de nombreuses régions du monde et sous de nombreux climats, sauf dans les zones désertiques chaudes ou froides.

Elle se développe depuis le niveau de la mer jusqu'à 2000 m d'altitude.

 

 

TOXICITE :

 

Toutes les parties de la fougère aigle sont considérées comme toxiques en raison de leur teneur en aquilide A et aux dérivés du cyanure, les crosses dégagent d'ailleurs une odeur d'amande amère à la cuisson.

D'après une étude faite au Japon, les crosses crues de Fougère aigle pourraient contenir des substances cancérigènes, un hétéroside cyanogénétique (c'est-à-dire susceptible de produire du cyanure) ainsi qu'une enzyme (thiaminase) qui détruit la vitamine B1 dans l'organisme. Les frondes arrivées à maturité, qu'elles soient fraîches, cuites ou séchées, sont également toxiques.

 

Les animaux qui abusent de cette fougère sont atteints d'une maladie mortelle nommée "pteridisme". Les chevaux peuvent également en souffrir s'ils en consomment en forte dose (plus de 2 kg par jour pendant 1 mois). À petite dose, il semble possible de les soigner en augmentant leur taux de vitamine B1. Le ptéridisme se manifeste par une atteinte à la moelle rouge des os, causant ainsi anémie et phénomènes hémorragiques. Chez les moutons qui paissent les fougères peuvent aussi apparaître des troubles visuels, ainsi que des tumeurs sur différentes zones du système digestif (mâchoires, rumen, intestin, foie).

 

Malgré sa toxicité, la fougère aigle est consommée par plusieurs espèces animales.

 

Les cervidés peuvent consommer la fougère aigle, mais toujours en faible quantité, et essentiellement lorsque les frondes sont encore en forme de crosse. Les lapins peuvent occasionnellement consommer les frondes et les rhizomes. Les chèvres en liberté peuvent elles aussi consommer cette fougère, mais par contre les moutons l'évitent.

 

Plusieurs espèces d'insectes consomment eux aussi cette fougère. Par exemple en Europe, les chenilles de plusieurs espèces de lépidoptères se nourrissent de la Fougère aigle.

 

PLANTE DE COUVERTURE :

 

La fougère aigle offre une bonne couverture au sol, ce qui a un impact positif sur l'écosystème, comme par exemple de permettre la diminution de l'érosion des sols et d'offrir un abri à la faune, mais aussi négatif, car les propriétés allélopathiques (émission de substances toxiques dans le milieu ambiant par des végétaux et empêchant l'implantation ou le développement d'autres espèces) de cette plante empêche des nombreuses autres espèces végétales de se développer.

 

Les petits cervidés, les renards, de nombreux rongeurs et certaines espèces d'oiseaux (pipits, bécasses, troglodytes, tariers, faisans...) utilisent la fougère aigle pour se dissimuler et/ou pour nicher. Les massifs de fougères pullulent souvent de tiques propageant des maladies redoutables pour les chiens comme pour l'homme si elles ne sont pas décelées à temps (Maladie de Lyme notamment).

 

LA FOUGERE ET L’HOMME :

 

La Fougère-aigle est nuisible aux forêts et très difficile à éradiquer.

Pour être efficace, une éradication par la fauche doit comprendre au moins deux fauches à des dates choisies en fonction du cycle biologique de la plante afin d'affaiblir le plus possible le rhizome. Il a été montré que deux fauches, une fin juin et une fin juillet permettent une diminution progressive de l'importance des fougères.

 

Une fauche rase n'est pas indispensable et est même à éviter sur certains types de végétation sensibles comme par exemple les landes mésophiles. Les effets de la fauche ne sont réellement visibles qu'après deux ou trois années de traitement.

 

Le chaulage (technique de traitement à la chaux) permet également de limiter cette espèce des terrains très acides.

 

UTILISATION DE LA FOUGERE PAR L’HOMME :

 

-         En horticulture

 

1- Paillage antifongique :

La fougère, peut être utilisée en jardinage biologique. On la récolte de préférence sèche ou jaunissante, à l'automne. À cette époque de l'année, sa vocation première est de servir de protection contre le gel à toutes les plantes sensibles: mâches, chicorée sauvage, scarole, artichaut...

 

Quand vient le printemps, la fougère se transforme en matériau idéal pour la couverture du sol. C'est dans les fraisiers qu'elle donne le meilleur d'elle-même grâce à son action allélopathique antifongique contre la pourriture grise (émission de substances toxiques dans le milieu ambiant empêchant l'implantation ou le développement d'autres espèces et qui détruit les champignons ou empêche leur développement..). Mais on peut également l'utiliser pour pailler toutes sortes de cultures dès lors que le sol s'est réchauffé, en guise d'assurances anti-sécheresse et anti mauvaises herbes.

 

2- En paillage frais ou sec de 5 cm d'épaisseur environ, elle attire mais empoisonne les limaces car elle contient un aldéhyde se transformant en métaldéhyde après fermentation. Le purin de fougère peut également être utilisé à cet effet et il serait encore plus efficace si l’on ajoute quelques marrons d’Inde écrasés lors de la fabrication.

 

3- Purin de fougère insecticide

Le purin de fougère est également un insecticide puissant qui permet de détruire le puceron lanigère (que la plupart des insecticides chimiques n’arrivent pas à contrôler). Il serait également efficace contre le taupin de la pomme de terre et la cicadelle de la vigne. Utiliser en pulvérisation dilué à 10 % (laisser fermenter 1 dose de fougère dans 10 doses d'eau puis diluer le résultat de la fermentation dans 10 fois son volume d'eau et pulvériser). C’est un des rares insecticides naturels à utiliser en « curatif ».

 

4- Engrais vert

La fougère aigle pousse dans les sols acides mais elle n'acidifie pas le sol: c'est une plante améliorante qui contient de grandes quantités de chaux, remède naturel contre l'acidité. Mieux elle constitue un véritable engrais vert, 7 fois plus riche en azote, 3 fois plus riche en phosphore et 5 fois plus riche en potasse que le fumier de vache ! Il est donc souhaitable de l'incorporer au sol après qu'elle a servi de "mulch" (Technique agricole consistant à recouvrir le sol pour le garder meuble, limiter l'évaporation et l'érosion, c'est le bon vieux paillage). Elle favoriserait le développement d'un important chevelu racinaire.

 

Dans l'Ouest des Pyrénées, l'agriculture traditionnelle en tire encore profit. Fauchée fin juin, à demi séchée et très lentement brûlée dans une fosse deux fois plus profonde que large (pour éviter les flammes, les agriculteurs recouvrent sans cesse le foyer de nouveaux combustibles), elle donne une cendre très riche en potasse.

 

 

 

-         Dans l'industrie

 

En présence de chrome, le rhizome de la fougère aigle teint la laine en jaune. Les crosses, quant à elles, teignent la laine en jaune-verdâtre avec de l'alun ou du chrome. Elles teignent la soie en gris avec du sulfate de fer.

 

A noter qu'autrefois, le rhizome était aussi utilisé pour tanner le cuir, et la cendre issue de la combustion de cette plante, riche en potasse, permettait de fabriquer du savon et servait d'agent blanchissant.

 

La cendre fut aussi utilisée dans la fabrication de verre jusqu'au 19e siècle.

 

 

-         Usage domestique

 

La Fougère aigle a été utilisée pour couvrir les toits en guise de chaume, mais aussi comme combustible.

 

-         Usage alimentaire

 

 1- Le rhizome

 

En raison de la grande propagation de la fougère aigle, on a consommé son rhizome dans de nombreuses parties du monde. Son épaisseur et sa teneur en amidon sont variables. Elles dépendent de son biotope.

 

Il est généralement considéré comme toxique cru, et il faut donc le faire cuire. Par exemple, il peut être coupé en morceau et bouilli. Une fois moulu on obtient une purée, une fois séchée, une farine. En Europe, cette préparation a souvent été mêlée à de la farine de céréale pour faire du pain. Jusqu'au XIXe siècle, le pain de fougère aigle formait parfois la base de l'alimentation en cas de disette. Cette récolte sauvage est aujourd'hui laissé en désuétude. A Palma, on consommait ce mélange de rhizome moulu et de farine en bouillies. En Sibérie, on mettait à fermenter ces rhizomes avec les 2/3 de leur poids en malt pour en faire une sorte de bière. Au Japon, on en extrayait la fécule par un long procédé qui servait à confectionner des mochis, gâteaux cuits à la vapeur. Enfin, les indiens d'Amérique du Nord faisaient cuire ce rhizome pendant des heures dans leur four souterrain. Ils en mangeaient la partie comestible et recrachaient les fibres.

 

 2- Usages médicinaux

 

Les Amérindiens consommaient le rhizome cru de cette fougère pour lutter contre la bronchite. La poudre de ce même rhizome a longtemps été considérée comme souverain contre les parasites intestinaux.

 

Guère usitée comme plante médicinale dans la majeure partie de l'Europe, elle est néanmoins réputée aux Baléares comme dépurative et anti pléthorique. La fougère aigle a souvent servi à remplir les paillasses ; on la jugeait capable d'interrompre l'énurésie des enfants. Selon P. Lieutaghi, « c'est une plante toxique susceptible d'entraîner des troubles nerveux, des hémorragies intestinales et d'induire des tumeurs cancéreuses ». Un usage médicinal domestique est donc à bannir, il est réservé aux professionnels. 

 

 

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Published by le petit montagnard - dans FLORE
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Catherine 11/12/2011 04:37


Bonjour et félicitations pour votre article.


En effet, je souhaite cultiver un terrain de 5000 m2 (nous sommes au sud de Lisbonne), abandonné et à moitié envahi par ces fougères aigles. Ayant entendu parler de leur toxicité -même sèches-,
de leur capacité à empêcher la germination des autres plantes, etc...je me demandais si je devrais les faucher et les brûler!


Heureusement, vous m'apprenez que elles sont un engrais vert et qu'on peut les utiliser en paillage. Je vais donc faire une expérience et suivre vos indications. Mais êtes vous certain que leur
toxicité ne se transmet pas aux plantes voisines que nous consommerons? Merci de m'avoir lue et pour votre réponse...si vous pouvez.


Cordialement,


Catherine

le petit montagnard 21/12/2011 16:47



Bonjour, désolé pour mon retard j'étais en voyage loin de la France.


Le purin de fougères est un allié contre les parasites pour :


Ecarter les limaces et les escargots (s’emploie pur).

Lutter contre le taupin.

Lutter contre les acariens (araignées rouges).

Lutter contre le puceron lanigère.

Lutter préventivement contre la cochenille.

Lutter contre la cicadelle.

Enrichir le sol en calcium et en potassium.



Je ne pense pas que sa toxicité se transmette aux plantes du potager, en revanche je suis certaine qu'elles sont mortelles pour les animaux qui voudrait en faire leur repas.


 


Bonnes fêtes de fin d'année à vous et votre famille.



Pierre-Étienne Vachon 22/11/2010 18:20



Pour être certain, j'aurais besoin de voir la disposition des spores (ou la fronde fertile) et l'endroit où la photo a été prise. Mais rapidement et ave réserve, je dirais la Matteucie
fougère-à-l'autruche (Matteuccia pensylvanica).


Je peux vous envoyer une photo de Pteridium aquilinum si vous voulez.



le petit montagnard 23/11/2010 14:14



Bonjour et merci pour votre vigilance, il se trouve que ma photo n'est pas récente, à présent je vais retourner sur le lieu ( proche de mon domicile) pour faire une nouvelle photo de ces
fougères. 


La fougère n'étant pas ma spécialitée et ayant toujours entendu parler dans mon entourage de fougère aigle...


Si vous acceptez je veux bien publier votre photo avec votre nom sur mon article afin de remédier à mon erreur.


Je vous remercie encore de partager vos conaissances.


Mon mail : lepetitmontagnard@gmail.com



Pierre-Étienne Vachon 18/11/2010 21:20



La fougère sur la photo n'est pas Pteridium aquilinum. Je suis catégorique.



le petit montagnard 22/11/2010 10:45



Merci pour cette information, mais alors pouvez-vous m'indiquer le nom exact de cette fougère ?



:0009:...:0022:...:0014:...:0038:...:0091 28/05/2009 18:25

hello te souhaite une bonne soirée........

:0009:...:0022:...:0014:...:0038:...:0091 21/05/2009 09:14

mine de rien c'est beau la fougère mais pour moi synonyme de tic..endroit à éviter.... j'espère que tu vas bien